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Financement

Les obligations en lien avec la pandémie de COVID-19 en forte demande

3 juillet 2020

La finance durable gagne du terrain depuis plusieurs années déjà, les effets des changements climatiques stimulant l’intérêt pour les obligations vertes, mais la pandémie a entraîné une vague d’engouement pour les obligations qui financent des projets sociaux, comme la recherche sur les vaccins.

 

L’intérêt pour les obligations sociales liées à la COVID-19 ne vient pas seulement des émetteurs – qu’il s’agisse de gouvernements à la recherche de financement pour leurs plans de relance ou d’entreprises se dépêchant de mettre au point de nouveaux traitements –; elle vient aussi des investisseurs, selon Jason Taylor, codirigeant du nouveau groupe Finance durable des Services bancaires et marchés mondiaux (SBMM) de la Banque Scotia.

 

À l’extérieur de la Chine, plus de 40 émetteurs ont déjà amassé plus de 120 milliards de dollars américains dans pas moins de 11 devises grâce aux obligations en lien avec la COVID-19. C’est ce qu’indique M. Taylor, qui tire ses informations des données de Bloomberg et de la Banque Scotia.

 

« La demande est très élevée. Toutes ces émissions [liées à la COVID-19] ont été très bien accueillies par les investisseurs; elles ont même été surpassées, c’est-à-dire qu’il y avait plus de demandes d’achat que d’obligations à vendre. Les investisseurs sont plutôt nombreux, et leur profil est assez diversifié : la demande vient des banques centrales et de leurs réserves, mais aussi des gestionnaires d’actifs ordinaires, des fonds d’investissement social et des trésoreries de banques. »

 

La pandémie est le nouveau catalyseur d’intérêt pour la finance durable, un volet de la finance qui prend en compte les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et qui a connu une croissance stable au fil des ans, à mesure que les gouvernements, les entreprises et les investisseurs adoptaient cette perspective.

 

En mai 2020, selon BloombergNEF, le total des titres de créances durables émis dans le monde dépassait 1,3 billion de dollars américains. En 2019, les émissions ont augmenté d’environ 75 %, et 2020 s’annonce une autre année de forte croissance, une hausse de quelque 15 % par rapport à l’année précédente ayant été enregistrée pour la période allant jusqu’à la mi-juin.

 

De son côté, la Banque Scotia a adopté en novembre dernier ses engagements sur le climat pour aider ses clients dans la transition vers une économie sobre en carbone et pour décarboniser ses propres activités.

 

Parmi ces engagements, la Banque entend consacrer 100 milliards de dollars à la réduction des effets des changements climatiques d’ici 2025 et faire progresser l’intégration de l’évaluation des risques climatiques dans les activités de prêt, de financement et d’investissement.

 

Un engagement ferme et résolu

En outre, c’est cette semaine que le groupe Finance durable de la Banque Scotia a lancé ses activités. Il répondra aux besoins en pleine évolution des clients en matière de financement durable et de placements liés aux enjeux ESG, comme l’explique Paul Scurfield, directeur général et chef, Titres à revenu fixe mondiaux de la Banque Scotia.

 

« Nous sommes fermement résolus à soutenir les initiatives de développement durable et de lutte contre les changements climatiques de la Banque Scotia en offrant à notre clientèle des solutions et des produits financiers durables, novateurs et de grande qualité, ainsi que des conseils en la matière. »

 

La création du groupe s’inscrit dans la croissance et l’évolution constantes du marché de la finance durable.

 

La recherche de plus en plus importante sur les effets des changements climatiques sur les institutions et les portefeuilles de placement a joué un rôle décisif, selon M. Taylor.

 

« Longtemps, les changements climatiques ont été considérés comme un risque à long terme, mais la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes augmente, tout comme les risques de transition, qui découlent d’une incompatibilité entre les économies d’aujourd’hui et celles de demain. »

 

Fanny Doucet, codirigeante du groupe Finance durable de la Banque Scotia, estime que les obligations vertes, qui servent à financer des projets axés sur les changements climatiques ou l’environnement, représentaient par le passé environ 70 % du marché total, d’après les chiffres de BloombergNEF.

 

Mais la dynamique est en train de changer.

 

« Depuis un ou deux ans, on remarque un changement considérable, tant du point de vue des émetteurs que de celui des investisseurs : on veut plus de “S” et de “G” dans ESG... Depuis la COVID-19, les investisseurs et les émetteurs accordent beaucoup plus d’importance aux retombées sociales de ce qu’ils font », explique Mme Doucet.

 

Mentionnons aussi que les gouvernements s’intéressent davantage à l’atténuation des changements climatiques et au développement durable.

 

En 2018, le gouvernement du Canada a formé le Groupe d’experts sur la finance durable et l’a chargé d’établir comment le secteur financier pourrait encourager des initiatives sobres en carbone et y injecter des fonds.

 

Promotion des placements durables

En juin dernier, le Groupe d’experts a publié son rapport final et ses recommandations, dont plusieurs visaient l’élaboration et l’élargissement de structures de marché et de produits financiers qui faciliteraient particulièrement la transition et l’adaptation du Canada. L’une d’elles consiste à « promouvoir l’investissement durable en tant qu’investissement normal au sein de la communauté canadienne de gestion des actifs ».

 

« Le Canada dispose d’un système financier de calibre mondial qui jouit d’une réputation bien méritée en matière de gouvernance, de gestion des risques et de réglementation, souligne le Groupe d’experts. Nos atouts considérables en finance conventionnelle seront de première importance pour générer à la fois l’ingéniosité financière et les flux de capitaux nécessaires à l’atteinte des objectifs reliés à la transition et à la résilience du Canada. Cependant, cela ne se produira pas si l’on opte pour le maintien du statu quo au chapitre des modèles financiers. Pour instaurer une croissance durable, il faut que la gestion et l’atténuation des changements climatiques fassent partie intégrante de nos processus décisionnels courants. »

 

Mentionnons également l’Accord de Paris, ratifié par le Canada et la plupart des nations en 2015, qui vise à maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de deux degrés Celsius et à diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour permettre un avenir plus sobre en carbone.

 

En 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ainsi que 17 objectifs de développement durable, dont l’élimination de la pauvreté et de la faim, l’égalité des sexes et la durabilité des villes et des établissements humains.

 

Le montant estimé du financement annuel requis pour atteindre à la fois les cibles de l’Accord de Paris et les objectifs de développement durable de l’ONU s’élève à quelques billions de dollars, mais on ne compte habituellement que quelques centaines de milliards de dollars d’obligations émises chaque année, selon M. Taylor, qui rapporte les données de l’ONU.

 

« Il y a un énorme manque de financement pour les objectifs de développement durable. Alors, en tant qu’institution, nous essayons de faire preuve de créativité pour permettre aux gouvernements et aux grandes sociétés d’atteindre certains de leurs objectifs de développement durable grâce à un meilleur accès aux marchés financiers. »

 

Étant donné l’envergure et la portée ahurissantes de la pandémie de COVID-19, on verra probablement augmenter l’engouement pour les obligations sociales et les autres formes de placements responsables finançant des initiatives dont le but est de répondre à la crise et d’accélérer la relance économique subséquente.

 

« La finance durable et l’accent sur les enjeux ESG du marché sont là pour de bon, croit Mme Doucet. C’est plus qu’une mode. La plupart de nos clients sont en train de se joindre au mouvement, et j’irais même jusqu’à dire qu’ils l’intègrent à leur ADN. »

 

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